______Le soleil apparaissait de derrière les montagnes Éternelles, resplendissant de sa lumière la basse vallée. Al' Jahan la dominait de la hauteur de la citée.
Son regard gris, fixé sur les premiers cheveux du soleil, ses mains crispées sur l' acier froid de la rambarde, il réfléchissait.
Il réfléchissait à tout ces évènements qui avaient transformés sa vie du tout au tout. Du jour où, après la grande fête de Sebeath, il fut nommé Empereur à cette soirée d' automne où on avait découvert
cette fille sous l' Arbre.
_____On ne savait toujours pas
qui elle était et d' où venait elle.
Une
tempête de questions et d'
interrogations déferlaient en lui, le perdant dans un sombre brouillard. Et si elle faisait partie d' Eux ? Peut-être était-elle là pour reprendre ce qui Leur revenait ...
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_____Il fut parcourus d'
un frisson glacé, dont
la fraîcheur matinale n' y était pour rien.
_____Et il se mit
à avoir peur. Peur
pour son peuple,
pour son trône et
pour lui même. Tout ce qu' il avait gagné, tout ce pourquoi il avait combattu durant tant d' années se trouvait au rebord d' un précipice, dont le moindre trébuchement pouvait faire basculer dans le vide.
_____A cette pensée, ses mains blanches se crispèrent encore un peu plus sur le métal.
_____Le soleil arriva enfin à basculer par-dessus les Montagnes, éclairant alors le visage soucieux d' Al Jahan. Celui-ci cligna des yeux avant de s' habituer à l' éclat.
Un soupir s' envola,
faisant naître une douce brise. C' est alors qu' il entendit un petit grattement, un froissement léger derrière lui.
- Que fais-tu là ?
- Je venais vous présenter mes excuses, lui répondit sans sourciller la jeune fille.
_____Un instant passa, durant lequel
le vent faisait voler les feuilles dorées et où l' Empereur dévisagea le nouvelle venue. Petite malgré la maturité apparente de son âge, sa
peau ambrée était encadrée d'
une masse de cheveux roux. Le soleil y faisait danser
des reflets d' or, rimant avec l' éclat de ses yeux. Ceux-ci étaient
ivoire où des
volutes d' argent et de
bleus s' enlaçaient.
- Depuis combien de temps es-tu là ? questionna Al Jahan, dont l' idée d' être observé par eℓℓe le faisait frémir.
- Seulement depuis que le soleil est apparu.
- Bien.
Il marqua un instant de pause, se basculant d' avant en arrière avant de reprendre:
- Donc ? reprit-il, avec cet air de supériorité que seul les rois, les empereurs ou les professeurs ont le talent.
- Je vous prie de m' excuser de ne pas avoir été présente durant le Conseil des Bhas d' hier soir.
- Bien, je suis content de voir que tu as pris l' initiative de t' excuser. Et j' espère que tu ne recommenceras pas.
- Ce n' était pas mon idée.
- Pardon ?
- De m' excuser. Ca ne m' aurait pas traverser la tête si Layan ne me l' avait pas dit. Je n' en vois pas l' intêret.
_____Ils se défièrent du regard. Al' Jahan ne se sentait pas à l' aise avec
cette fille au regard de cristal. Ses mains se refermèrent sur l' objet qu' il considérait comme porte-bonheur, et il se mit à le faire tourner dans ses mains avec anxiété.
_____Il ne comprenait pas qu' une petite femme comme eℓℓe ait se pouvoir sur lui, lui qui a fait face il n y a pas encore si longtemps devant le Conseil en entier.
_____Il fronça ses sourcils, ouvrit la bouche deux fois pour la refermer sans rien dire.
Et là, il la vit lever
les yeux au ciel,
une larme rose sur sa joue.
_____C' est alors que la terre se mit à trembler.
Le tonnerre sortit de la terre,
la poussière devint cri et la pierre souffrance. Toute la terre se tordait de douleur, appelant dans un dernier espoir au secours.
La peur dans l' air, la colère dans les coeurs, les hommes hurlaient, couraient, fuyaient. La colère du monde s' abattait sur eux, et rien ne pouvait les sauver.
A ce moment, il n' y avait plus d' Empereur, plus de Conseil, tout les hommes égaux face à leur châtiment, et même pour ça l' isonomie était.
Pourtant.
Seule.
_____Seule, eℓℓe n' avait pas peur. Elle était là immobile, debout,
les yeux accrochés au désespoir, désespoir de voir sa mère hurler.
Un souffle de rage, gris, bleu, noir.
Une teinte de tristesse au bord du vide, le vent dans ses sentiments, seule la lumière oublie.
_____C' est alors qu' il arriva.
Le translucide contre le doré. Lui non plus n' avait pas peur. Il était venue la chercher, lui parler. Il ne savait pas vraiment ce qu' il fallait lui dire, mais il devait. Il était là pour ça.
Il s' avança et lui prit la main.
- Il faut que tu arrêtes ça !
_____La roche rose, sur laquelle la citée était bâtie, se fissura faisant trembler les antiques tours. Les vitres se cassèrent, une pluie de verre s' écrasa contre le sol.
- S' il te plaît ! Aide-nous ! Toi, Elle t' entend !
- Je ne sais pas ...
- Fais le pour moi !
_____Le translucide contre le doré.
_____Eℓℓe, fille de la Terre le pouvait. Le jeune garçon le savait, parce qu' ils n' étaient pas comme eux.
Ils étaient différents. Ils faisaient partis de cette terre, de ce royaume immémorial oublié, et seule Elle pouvait consoler sa Mère brisée.
_____Un collier de larme nacrées tomba de ses yeux.
Un espoir naquit dans son petit coeur,
un souvenir s' évanouit, une flamme mourut. Ses lèvres tremblèrent pour former un son que seul le ciel connut.
_____Alors le monde s' apaisa, s' endormit. Et la lumière se souvint.
_____Au loin,
un chant résonna.